Unir nos forces pour « des enfants à faire grandir »

Je prenais connaissance, dernièrement, d’une recherche produite par l’Institut du Québec qui explore différentes approches en éducation expérimentées ici et ailleurs à travers le monde. Le document « Des exemples pour l’école québécoise : étude de cas d’écoles innovantes » tente de répondre aux grandes problématiques de notre système d’éducation actuel. Encourageant de constater combien notre planète fourmille d’initiatives pour réinventer nos pratiques, les rendre plus humaines et plus efficaces pour favoriser la croissance de nos enfants!

Qu’il soit question d’environnement, de travail, de santé ou de communication, notre avenir repose sur la solidité, la créativité et l’humanisme de nos futurs leaders sociaux. La formation de nos enfants est, ainsi, une œuvre essentielle et primordiale pour assurer un avenir à notre monde. Cela rejoint d’ailleurs la vision d’André Rochais, initiateur de la formation PRH. Dans un manifeste écrit en 1988 sur « Les droits de l’enfant à l’égard de ses parents »[i], il exprimait un appel pressant à la société, aux éducateurs et à ceux qui détiennent le pouvoir pour que soient dégagés les énergies et les moyens nécessaires pour une formation qui réponde aux besoins de croissance des enfants. « Il y va de la qualité humaine des générations montantes. Plus largement, il y va de l’avenir de l’humanité. » Il exprimait ainsi nos devoirs à l’égard des enfants : « Nous avons à les conduire jusqu’à l’âge adulte, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment debout et autonomes pour pouvoir prendre leur place dans la Société, l’enrichir de leurs dons et contribuer, pour leur part, à la faire progresser vers plus d’humanité. »

Depuis le début de 2017, les « correspondances éducatives », parues sur le blogue de PRH, se veulent une nourriture susceptible d’alimenter notre réflexion en ce sens et nos pratiques de parents, de grands-parents, d’enseignants et d’intervenants au service des enfants. Cinq acteurs du secteur de l’éducation nous y livrent, à tour de rôle, leurs préoccupations quotidiennes et leurs expériences d’éducateur. Ils portent tous au cœur de favoriser au mieux de « faire grandir des enfants » pour la société de demain.

Avec la reprise de l’année, j’ai demandé à chacun d’eux de se présenter en nous livrant, en quelques mots, leur principale préoccupation d’éducateur.

Je vous présente donc, à nouveau, l’équipe des correspondances éducatives :

Johanne April, mère de deux jeunes adultes. Elle est professeure titulaire et membre de l’équipe de recherche sur la « Qualité éducative des services de garde et petite enfance » pour l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Sa préoccupation actuelle concerne l’impact de la qualité des interactions enseignante-élève sur la réussite éducative et la performance cognitive chez l’enfant.

Caroline Cloutier est mère de deux adolescents et enseignante au cégep en technique de travail social.

Quand elle pense à l’époque où nous sommes, aux multiples distractions possibles et impossibles (les écrans de toutes sortes, le rythme parfois effréné du quotidien), elle se préoccupe de l’état et de la qualité de présence à soi et de présence aux autres et de leur impact sur le développement de nos enfants.

Sophie Jardon est mère de 2 enfants de 10 et 13 ans, sagefemme devenue formatrice en développement personnel et relations humaines (PRH).

Elle se préoccupe sérieusement, à ce jour, d’aider les jeunes à se connaître afin qu’ils développent une saine estime d’eux-mêmes au travers des défis de la société actuelle.

François Guénette est enseignant en littérature au cégep et père de deux adolescents.

Sa principale préoccupation en éducation, actuellement, concerne la motivation des étudiants. Comment stimuler l’intérêt d’un étudiant ou d’une étudiante? Est-ce que la curiosité peut s’apprendre?

 

Josée Baril est mère de trois enfants, grand-mère de quatre petits-enfants et enseignante en 1re année au primaire.

Elle se sent habitée par l’importance du rôle de l’éducateur qu’est le parent pour son enfant ainsi que de l’importance de prendre l’enfant là où il est et de lui permettre de s’épanouir pleinement, selon son unicité.

Lors des prochaines parutions, nous vous convions à livrer vos réactions, réflexions ou lumières en écrivant vos commentaires dans l’espace prévu à cet effet après chaque article. Nous vous espérons nombreux au rendez-vous…

Cette mise en commun nous paraît tellement importante puisque, comme le dit le proverbe africain, « Pour qu’un enfant grandisse, il faut tout un village ».

Lise Simard, présidente

Formation PRH inc.

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[1] Les droits de l’enfant à l’égard de ses parents, André Rochais, 1988

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Mon jardin, mes fleurs…

Bonjour à vous tous,

Je regardais mes élèves à mon arrivée ce matin. Je les trouve beaux. Je les trouve magnifiques. Ils m’émerveillent d’avoir tant appris, tant acquis, de s’être autant déployés, d’avoir pris autant d’assurance et de s’être fait confiance.

Je me revois en début d’année à les regarder, à les observer et à me demander qui ils étaient, ce que j’allais découvrir d’eux, quelles forces ils avaient, quels défis ils allaient relever… En fait, je me demandais quelles étaient les fleurs de mon jardin pour les dix prochains mois.

Je perçois mes élèves de 1re année comme des fleurs. Certains vont éclore tôt dans l’année un peu comme le perce-neige au printemps. Ils apprennent rapidement et s’adaptent bien également. D’autres enfants suivent le rythme de la saison comme les tulipes, les pétunias, les bégonias, les géraniums… Ils vont fleurir en suivant un rythme régulier, avec leur couleur, avec leur éclat. Il y a aussi des fleurs qui fleurissent à l’automne, tardivement, alors que la saison chaude achève. Ils ont besoin de soins particuliers, d’une attention spéciale, d’un engrais un peu plus adapté…

Peu importe la vitesse à laquelle progressent mes élèves, ils m’émerveillent, me stimulent, me surprennent et m’invitent à leur offrir de la bonne eau, un bon engrais naturel qui les amèneront là où ils peuvent aller. Des fleurs sont fragiles, d’autres ont besoin de plus d’espace ou encore d’un tuteur pour aider davantage. Certaines ont besoin d’un soleil chaud alors que d’autres ont besoin d’ombre. Les fleurs ont leurs particularités. Mes élèves ont leurs particularités. Ils sont uniques. Ces enfants sont si fleurissants de richesses! Ils m’amènent à me dépasser, à être ouverte et disponible pour eux. Ils m’émerveillent par leurs capacités, leur persévérance, par leur foi en eux, par leur ténacité!

Voilà que la fin d’année est arrivée. Chaque enfant a fleuri, à son rythme et à partir de là où il démarrait dans ses apprentissages. Chaque enfant a également fleuri dans toute son unicité. Je l’ai découvert dans les richesses de sa personnalité : artiste, créateur, qui prend soin de l’autre, vif d’esprit, observateur, curieux, chercheur, habile, acteur, énergique, contemplatif, avec un sens de l’humour, aimant, minutieux, communicateur, social, aidant, proche de l’autre…

Toute l’année, j’ai été témoin de son épanouissement, de la place qu’il prend au soleil, des soins qu’il accueille avec ouverture. Aujourd’hui, je contemple sa couleur, son feuillage, son odeur. Il est unique.

Mon jardin a fleuri. J’aime mon jardin. J’aime profondément mes fleurs.

Certains diront que les enfants apprennent grâce à leur enseignant. Moi, j’affirme que mes élèves ont tout en eux comme une graine de fleur qui a tout pour devenir la fleur qu’elle doit être. Certes, je suis là pour arroser, les placer suffisamment à la lumière, ajouter de l’engrais et, parfois, pour y mettre un tuteur qui l’aidera un peu. Je veille. Les parents sont là également. Nous sommes ensemble. Nous formons une équipe pour l’épanouissement de l’enfant, des enfants, pour qu’ils grandissent, qu’ils fleurissent comme ils doivent fleurir. Ensemble, nous contribuons à faire fleurir ce jardin, le plus beau que je connaisse.

Josée

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La pédagogie du miroir

Johanne, la lecture de ta dernière correspondance rejoint l’observation que le travail psychopédagogique que je fais sur moi, depuis plusieurs années, avec PRH m’a véritablement aidée à développer mes capacités de parent.

Auprès de mes enfants de 13 ans et 10 ans, j’observe au quotidien que mon comportement ajusté, mon écoute et le partage court de certaines expériences ont bien plus d’impact sur eux que toutes les théories, tous les discours moralisateurs ou exigences que je peux avoir.

Pour sortir de mes mauvais fonctionnements, j’ai cherché de l’aide. Je me sentais dépourvue d’efficacité et de bienveillance dans mon métier de parent. Mes recherches m’ont fait retourner à l’école du soir. J’en avais bien besoin!

J’en ai tiré des règles éducatives qui fonctionnent et, en particulier, j’ai développé ce que j’appelle la pédagogie du miroir.

  • Si j’attends de mes enfants qu’ils disent la vérité, je me dois de leur dire la vérité de façon adaptée et ne pas leur mentir.
  • Afin qu’ils développent des comportements constructeurs pour leur vie, j’ai appris à développer ces bons comportements constructeurs pour la mienne afin que ça ne reste pas des théories décollées de la réalité qui ont très peu d’impact.
  • Afin de les aider à prendre les bonnes décisions pour conduire leur vie, j’ai dû apprendre comment prendre de bonnes décisions pour conduire la mienne.
  • Afin de les aider à traverser leurs difficultés, j’ai appris à traverser les miennes en restant adulte à leur côté.
  • Afin qu’ils développent une bonne estime d’eux, j’ai demandé de l’aide pour développer une bonne estime de moi en découvrant mes forces et acceptant mes limites.
  • Afin qu’ils deviennent plus autonomes, j’ai dû développer ma propre autonomie.
  • Afin qu’ils développent leur attention et leur écoute, j’ai développé mon attention et l’écoute de ce qu’ils ont à raconter.
  • Afin qu’ils développent leur motivation, leur persévérance, leur calme et leur confiance en eux, je me suis fait aider pour développer ma motivation, ma persévérance, mon calme et la confiance en moi auprès d’eux.
  • Si je veux qu’ils se brossent les dents régulièrement, il m’arrive encore de me brosser les dents avec eux… si je veux qu’ils lisent, je lis et leur fais encore la lecture… si je veux qu’ils se détendent, je me détends avec eux… si je veux qu’ils soient heureux, je suis heureuse avec eux…

On me dit souvent que mes enfants me ressemblent!

Mais c’est à vous, enseignants, que j’aimerais poser la question qui pique ma curiosité :

Avez-vous fait l’observation que vos élèves ou vos classes finissent par vous ressembler? Avez-vous, vous aussi, l’expérience de la pédagogie du miroir?

Sophie

 

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TRAVAILLER SUR SOI POUR ALLER VERS L’AUTRE

Bonjour François,

En lisant ta lettre, j’ai été replongée dans celle de Josée qui abordait « le regard aimant-constructeur de l’éducatrice ». Cette réflexion sur la complexité du rôle d’éducateur au sens large, autant celui de parent que celui d’enseignant, dans un monde en transformation à plusieurs égards, m’a inspirée.

Je pourrais faire la liste des transformations et des réalités sociales, économiques, politiques, individuelles, familiales, etc., mais je préfère aborder celles de la personne qui accompagne ces enfants, ces adolescents, ces jeunes adultes, ces adultes toujours en construction de leur identité, provoquée par des changements et des transformations extérieures qui seront toujours présents et qui influenceront notre devenir comme personne accompagnatrice et comme personne en devenir.

Étant jeune, j’ai tenté de faire ma place dans une famille de six enfants. À partir de ce que j’étais, à partir de ce que les autres me reflétaient de ce que j’étais, j’ai fait mon petit bout de chemin, en m’identifiant à travers mes expériences, mes essais-erreurs et à travers ce que les autres m’ont donné ou non. Comme la majorité des jeunes enfants, j’ai développé des attitudes, des comportements, des passions qui ont forgé progressivement ma personnalité. La rencontre avec le monde extérieur à ma famille m’a également transformée, m’a amenée ailleurs, à mieux me comprendre et à me redéfinir, en partie du moins, puisque je n’ai cessé d’être en évolution depuis. L’être humain est en constant changement, que cela soit conscient ou non.

Me considérant moi-même en redéfinition tout au long de mon parcours de vie, aujourd’hui, je me questionne davantage sur la place que j’accorde à l’autre, à celle ou celui que je souhaite accompagner. Quel rôle je peux jouer sachant que, moi-même, je suis sans cesse en transformation?

Comme jeune parent, j’ai débuté mon rôle avec beaucoup de certitudes sur ce dont mes filles avaient besoin : besoins physiques, de sécurité, de reconnaissance, etc. Alors, ceci se traduisait par une certaine routine, de bonnes habitudes alimentaires et de santé. Après quelques années, mes certitudes ont commencé à laisser place à des questionnements tels que, comment pourrai-je, comme parent, en faire des citoyennes autonomes pour qu’elles puissent penser par et pour elles-mêmes, cela sans me projeter constamment en elles, sans me préoccuper d’uniquement transmettre, mais plutôt en accueillant ce qu’elles sont… La réponse m’est apparue au fil des ans en me questionnant sur « ce que j’étais » et « ce que je devais laisser aller » pour que mes filles puissent prendre une place, leur place, et, à leur tour, se reconnaître, s’identifier et se définir comme personnes uniques.

À mon sens, c’est ce passage qui est le plus libérateur pour nos enfants et pour nous-mêmes. Je ne dis pas ici que c’est facile, puisque c’est à recommencer sans cesse. Cette route va au-delà de l’amour et de la croyance en l’autre, puisqu’accompagner, « c’est se joindre à quelqu’un pour aller où il va en même temps que lui »[i]. Un travail sur soi m’apparaît essentiel, pour aller vers l’autre. Il faut suffisamment se connaître pour s’oublier sans perdre ses repères. Il faut avoir envie de se rapprocher de l’autre pour l’amener là où il veut se rendre, et non là où je veux qu’il aille… On ne peut pas respecter et reconnaître l’autre sans se respecter et se reconnaître soi-même. Cela rejoint les propos de Josée qui évoquait qu’il fallait être proche de soi, avoir un regard sur soi pour accueillir l’autre.

Aller à la rencontre de l’autre, comme parent, comme éducatrice et éducateur, doit passer par une rencontre de soi.

Cette réflexion sur moi-même m’a amenée et m’amène toujours à transformer mon rôle d’enseignante et « d’experte dans un domaine » vers un rôle davantage de « facilitatrice » en créant des conditions relationnelles, malgré l’ampleur des groupes (75), pour que l’étudiant soit le maître d’œuvre de ses apprentissages.

« L’accompagnateur reste un passeur (il aide à passer ou dépasser une étape) et un passant (il est de passage) »[ii].

Johanne

[i] L’accompagnement : une posture professionnelle spécifique. PAUL, Maela (2004) – Paris : L’Harmattan.

[ii] Ce qu’accompagner veut dire. PAUL, Maela (2003) – Carriérologie, 9 (1).

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L’apprentissage n’est possible que dans une relation pédagogique

Bonjour Josée,

À la lecture de ta « lettre », j’ai aussi le goût de réfléchir à ma pratique de pédagogue. Particulièrement, à ce que je nomme les « distractions » qui détournent les professeurs d’une véritable relation avec leurs étudiants. Ces distractions m’ont parfois fait perdre de vue le sens de mon rôle de pédagogue. Et quand on lit dans les journaux que 20 % des jeunes profs ne poursuivent pas dans le métier (au primaire et au secondaire), il m’apparaît important de dire ce qui m’inspire toujours dans ce rôle de pédagogue.

Dans mes premières années d’enseignement, je considérais les connaissances, les compétences, les objectifs à atteindre comme les éléments fondamentaux de mon métier. Le stress que j’ai pu vivre à préparer un cours! La pression que je me suis mise sur les épaules à construire des ateliers que je considérais stimulants pour mes étudiants! Que j’étais dans l’erreur… parce que j’en oubliais l’essentiel : la relation pédagogique! Il ne peut y avoir un apprentissage que dans la mesure où il y a une véritable rencontre entre deux humains.

Au fil des ans, j’ai acquis des certitudes, inscrites profondément en moi, que j’aimerais partager avec vous. Il me faut d’abord décrire ma réalité de professeur de cégep parce que ces certitudes sont ancrées dans ma pratique. Je ne rencontre mes étudiants que quatre heures par semaine. Ma relation avec eux se construit tranquillement, sur quelques semaines. Et, puisqu’une session ne dure que quinze semaines, je ne dois pas tarder à les connaître. C’est pourquoi toutes mes rencontres avec mes étudiants deviennent importantes. Lorsque je quitte mon bureau pour me rendre en classe, je prends maintenant le temps de me faire présent, consciemment, à tout mon amour que je porte pour les êtres humains. De cette manière, mon cours, dans lequel je transmets de la matière (je discute littérature), devient aussi l’espace de rencontres entre humains. Si je ne porte en moi que le désir de transmettre des connaissances, sans tenir compte de mes étudiants qui, eux, reçoivent cet enseignement, jamais je ne trouverai de sens à ce métier. Je me découragerai et voudrai faire autre chose. J’en ai maintenant la certitude.

À la dernière session, une étudiante est venue me voir à la fin d’un cours pour me dire qu’elle aimait, pour la première fois de sa vie, un cours de français! Un cours obligatoire! Elle se rendait compte que la matière l’intéressait, mais qu’elle n’avait jamais développé d’intérêt pour le français. Et quand je lui ai demandé ce qu’il y avait de différent dans mon cours, elle m’a tout simplement répondu : « Je n’ai pas l’impression que je suis un numéro parmi tant d’autres… » J’ai reçu cette réponse avec beaucoup d’émotion parce qu’elle venait de confirmer cette certitude en moi : l’apprentissage n’est possible que dans une relation pédagogique.

Les étudiants assis devant moi en classe ne sont pas des numéros de matricule, des diagnostics de troubles de comportement, des jeunes désabusés; ce sont des êtres humains… Mon rôle de pédagogue est d’aller à leur rencontre, pour moi, pour donner du sens à mon métier, et, pour eux, pour qu’ils se sentent interpelés dans tout leur potentiel.

François

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Avoir un regard aimant

Bonjour Sophie,

C’est à mon tour de me laisser porter par ta question « Qu’est-ce qui peut aider, chez les enseignants et les éducateurs, le développement de ce regard constructeur de la personnalité de l’enfant? »

Cette question me donne envie de me situer, de faire le point sur ce que je vis en tant qu’enseignante et en tant que parent, car je te dirais que c’est le même regard, celui empreint d’amour gratuit, celui qui croit en la personnalité de l’enfant, celui qui sent tout le potentiel, toutes les richesses de l’être humain qui est devant soi. C’est ce regard qui amène le respect et la reconnaissance de la personne.

Ce regard, c’est celui de l’éducatrice que je sens en moi. Personnellement, il se traduit par « être dans mes souliers » et cette expression, bien à moi, signifie que je me fais proche de mes élèves, de mes enfants, que je me fais attentive à ce qu’ils vivent au niveau émotionnel, intellectuel et comportemental, que je me fais accompagnatrice de la personne qu’ils sont.

Lorsque je suis « dans mes souliers », je suis au cœur de moi dans l’éducatrice, dans la femme de relation et d’offrande que je suis pour l’être humain, avec en toile de fond, l’amour grand, libre, gratuit.

En est-il ainsi pour tous les enseignants et tous les éducateurs? Je ne peux pas répondre pour eux et je ne peux pas dire ce qui les nourrit profondément. Cependant, il m’est possible de dire que plus je me découvre comme éducatrice, dans les couleurs qui me sont propres, plus je suis présente à l’être humain. Les apprentissages académiques faits par les enfants me stimulent, m’émerveillent, me surprennent, mais ils sont, pour moi, une composante qui participe au développement de la personnalité de l’enfant, au déploiement de toute sa personne. Je suis une éducatrice de l’être humain dans sa globalité : intellectuelle, développementale, comportementale, émotionnelle, réflective…

Ta question, Sophie, m’amène aussi à dire ce qui me fait sortir « de mes souliers » d’éducatrice. Malheureusement, je me laisse distraire par les exigences du ministère, par l’idéologie parfaite d’une réussite académique pour tous, par les temps d’évaluation formelle où nous sommes revenus aux notes en pourcentage depuis quelques années maintenant et où je me sens davantage dans un regard d’évaluatrice que d’accompagnatrice.

Il y a ces exigences extérieures à moi et il y a également mes tremblements intérieurs où mon regard est porté sur les autres, et non sur l’enfant, où je me laisse déranger par mes peurs, les jugements, mes doutes. Ces tremblements intérieurs, ces « il faut » me font sortir de mes souliers d’éducatrice. C’est triste, mais c’est aussi la vérité, ma vérité.

Je reviens donc à ta question Sophie : « Qu’est-ce qui peut aider le développement de ce regard constructeur? » J’oserais dire que le développement de la conscience de l’éducateur dans ses gestes et dans ses paroles, la connaissance de soi en tant qu’éducateur et en tant que personne, la capacité de reconnaitre ce qui donne de la vitalité en soi, l’humilité de reconnaitre ce qui en va pas et la prise en main pour amener des changements qui colleront davantage à sa propre personnalité sont autant d’éléments qui participent à développer ce regard qui construit.

J’ose également ajouter que le regard aimant sur soi permet d’avoir un regard aimant sur l’enfant et constructeur de la personnalité de l’être humain, petit ou grand.

Josée

 

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Les enfants au cœur de nos choix

Chère Johanne,

Je suis émerveillée et confiante qu’une enseignante de ta qualité et dans ta situation soit capable de poser une si belle question au monde de l’éducation.

Est-ce que les enfants sont toujours au cœur de nos choix?

Au moment même où je lis ta réflexion, tout un cortège d’observations s’éveille en moi.

En ce début d’année scolaire, j’ai fait une belle rencontre : l’enseignante de 4e année du primaire de ma fille Hannah. Lors de la réunion de rentrée, j’ai été saisie par cette femme d’une trentaine d’années d’expérience, rejointe par sa pédagogie. Sa pédagogie est la même que la mienne, celle en laquelle je crois profondément pour nos enfants, nos adolescents et nos jeunes.

Ce soir-là, j’ai entendu une femme qui ne démissionne devant aucun de ses 31 élèves.

Une force de la nature me direz-vous… en soi, oui! Il se dégage de chez cette femme une force tranquille qui voit les qualités de chaque enfant. Pour elle, ils sont tous uniques et chacun semble être au cœur de ses choix quand elle est dans une séquence éducative avec lui. Son regard ne réduit pas l’enfant à sa note, sa réussite ou sa difficulté. Son regard voit l’enfant plus largement dans ses forces, là où, justement, il peut trouver le plaisir de progresser et trouver des solutions.

De plus, cette enseignante nous partageait la mise en œuvre d’une réforme du système d’évaluation au primaire perturbante pour plus d’un parent : plus de note! Voilà le début d’une vraie révolution pédagogique. Chaque enfant valide le parcours d’acquisition de ses connaissances par des couleurs. Les enfants ne sont plus comparés entre eux par des notes, des appréciations, ni réduits à une moyenne.

L’année commençait bien et j’avoue avoir eu de la difficulté à dissimuler l’émotion tant j’étais touchée de trouver une si solide alliée pour l’éducation de ces 31 enfants dont ma fille fait partie.

Avec les mois, cette première impression s’est confirmée. C’est au travers d’Hannah que j’en fais l’expérience. Elle part à l’école dans la joie et la bonne humeur, elle nous revient avec des travaux, des anecdotes sans cesse renouvelées sur les capacités de l’un, un défi relevé, l’humour ou la gentillesse de l’autre, les exploits de vocabulaire de certains… chacun a sa place bien spécifique du lieu de ses forces et qualités; chacun semble être quelqu’un auprès de cette éducatrice qui, à l’évidence, est bien à sa place à elle.

Hannah progresse partout. Même là où elle a moins de goût ou de facilités. Auprès de cette enseignante, elle a le droit de s’appuyer sur ce qu’elle a de plus brillant, sa capacité à mettre des mots sur son ressenti, son talent artistique et son amour du mouvement. Ainsi, elle adore écrire de sa plus belle écriture, certains cahiers sont des œuvres d’art, elle apprend à la maison ses leçons en dansant et elle résout ses problèmes de mathématiques par un choix de voies qui lui sont encouragées et qui la rendent curieuse et chercheuse.

Hannah, cette année, progresse et développe ses connaissances en grandissant dans la confiance en elle. Cette estime d’elle-même se solidifie auprès de cette enseignante parce qu’elle est vue, accueillie et encouragée dans son spécifique pour atteindre ses objectifs.

Dernièrement, tout comme nous achevions un petit roman jeunesse ensemble, Hannah a eu l’élan de le présenter à sa maîtresse tant la conclusion de ce livre lui a plu.

Son enseignante l’a encouragée à prendre sa place jusqu’au bout pour franchir sa gêne de parler de ce livre au 31 de sa classe.

À la maison, pendant une semaine, je l’ai vue répéter, tournoyer, danser autour des transitions de son résumé oral, déchiffrant une à une les sensations que ce livre a laissées en elle… j’étais son public. Je lui ai recommandé d’écrire, mais ce n’était pas sa méthode.

Et puis la conclusion est arrivée, brillante, lumineuse devant ses 31 camarades et son enseignante…

« J’ai aimé ce livre parce qu’il rappelle à chaque enfant, qu’au-delà de ses difficultés, chacun a des qualités, des talents, mais il a besoin de l’aide des adultes pour les découvrir! » Hannah, 10 ans 

Ce soir-là, elle est rentrée lumineuse, riche et joyeuse de son expérience réussie. Son exposé fut sans fioritures, direct au cœur de son auditoire. Elle semble avoir atteint son objectif. Tous l’ont écoutée et plusieurs semblent motivés pour lire ce fameux livre que je vous recommande.

Alors, je crois largement en cette formidable pédagogie du regard positif sur l’enfant qui ne cherche pas à redresser ce qui n’est pas droit, mais à encourager ce qui est là en lui pour qu’il se dresse dans sa personnalité propre.

Je salue au passage cette enseignante d’expérience qui a développé ce regard sur l’enfant et qui fait qu’elle les aime un à un sans se perdre. Elle ne se perd pas, car elle s’appuie sur le spécifique de chacun pour qu’il se mette en œuvre. Par ce regard qui s’émerveille, elle met l’enfant au cœur de lui-même, là où ses forces naturelles peuvent le faire grandir en assurance, en estime de lui et l’aider à traverser ses défis.

Mais à la réflexion, je me demande: « qu’est-ce qui peut aider, chez les enseignants et les éducateurs, le développement de ce regard constructeur de la personnalité des enfants? »

Sophie

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Être là pour l’autre, sans se perdre…

Ton propos, Caroline, m’amène à réfléchir à la complexité des relations. À chaque jour, nous entrons en relation avec notre conjoint, nos enfants, nos collègues, etc. de manière bien souvent inconsciente, naturelle, allant de soi, sans trop se questionner sur ce que nous projetons, ce que nous laissons comme trace…

Être en relation va au-delà de « communiquer ». C’est aussi être en lien avec l’autre, lâcher prise sur ce que nous sommes, surtout sur notre confort. C’est aller vers une zone d’inconfort, et même de risque qui nous plonge essentiellement vers qui nous sommes réellement comme acteur social. C’est aussi, ce que tu évoques dans ton texte, soit de se questionner et d’évoluer soi-même pour permettre à l’autre de grandir.

Comme adulte, comme adulte éducateur, par nos fonctions respectives, nous sommes à réfléchir constamment sur la place que nous prenons et que nous voulons laisser à l’autre, à l’enfant, à son devenir…  Trop souvent, notre propre confort nous empêche d’aller vers l’autre et de prendre le temps de le connaître, de le comprendre… Trop souvent, nos désirs d’enfant et notre responsabilité d’éducateur s’entrecroisent… Trop souvent nos systèmes de référence s’entremêlent avec la réalité de l’autre et trop souvent l’autre, dans son entité, n’est pas considéré à sa juste valeur.

Mais comment laisser la place à l’autre sans perdre sa place, ses valeurs, ses convictions, ses principes qui guident notre vie, nos projets, nos rêves? Ces temps-ci, dans le cadre de mon travail, je revisite la politique familiale du Québec qui a été mise en place en 1997, déjà vingt ans, et je me questionne à savoir : « est-ce que les enfants sont toujours au cœur de nos choix? ».

Johanne

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Sortir de sa zone de confort

Depuis que je suis toute petite, je nourris mon besoin d’évolution et d’apprentissage. J’ai toujours dit que j’aime autant être élève qu’être professeure. Les deux statuts me conviennent pour trouver un certain équilibre. Dans ma vie de mère ou dans mon travail au cégep, j’essaie quotidiennement d’inciter l’autre à apprendre. Pas très original, j’en conviens. Je m’attends à ce que mes enfants et mes étudiants restent en position d’ouverture et qu’ils soient prêts à essayer de nouvelles choses pour grandir et se surpasser.

L’autre jour, ma famille m’a donné le défi d’être cohérente. La tempête a fait en sorte que ma soirée habituelle de yoga a été annulée. À l’annonce de cette nouvelle, mes enfants m’ont demandé de les accompagner au gym où ils vont avec leur père, mon amoureux. Ce sont des adeptes de trampoline, de parkour urbain et de trucs de cirque. Ma réaction première a été sans équivoque : « Non, pas question! ça ne me tente pas… bla, bla, bla… ». Ils ont insisté, m’ont suppliée et ont usé de toutes leurs ruses pour me convaincre. Je les ai vus sourire à l’idée de partager leur passion avec moi. À ce moment-là, il y a eu une toute petite fenêtre qui s’est ouverte en-dedans de moi. Insistons sur toute « petite ».

Je me suis dit : « Ils y tiennent vraiment… ça leur ferait plaisir! ». Je n’avais soudainement plus aucun argument pour me battre contre eux et pour laisser vaincre ma paresse. L’ouverture s’est faite telle une éclaircie. J’ai senti le oui monter bien malgré moi! Malgré la peur de me faire juger dans mes mauvaises performances, malgré l’envie de rester chez moi à ne rien faire, malgré toutes les « bonnes » défaites pour rester dans mon salon un soir de tempête. J’ai perçu l’importance de leur demande et aussi l’importance de leur montrer que je suis prête à sortir de mes habitudes.

Je reste convaincue que pour apprendre, faut sortir de sa zone de confort. Je ne peux pas demander à mes enfants de sortir de la leur si je ne le fais jamais. Je ne peux pas demander à mes étudiants de questionner leurs actions en stage, si je ne questionne jamais mes pratiques comme professeure. Je ne peux pas demander aux gens d’apprendre si je ne suis pas ouverte à le faire encore. C’est au cœur de mon travail de mère et de professeure. Pour évoluer et apprendre : « faut sortir de sa zone de confort ».

Caroline

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Les correspondances éducatives

Imaginons cinq personnes, chacune investie d’une mission spécifique dans le secteur de l’éducation et d’une expérience unique, chacune témoin privilégiée d’un regard porté sur nos enfants dans la société actuelle!

Imaginons cinq personnes qui, par leur expérience personnelle et professionnelle, couvrent une vaste diversité de champs d’intérêt relatifs à l’éducation : le secteur de l’enseignement aux différents stades du développement de l’enfant, la diversité des modèles familiaux, les différentes figures d’éducation et leurs défis!

Imaginons maintenant que ces cinq personnes se retrouvent sur une même tribune pour échanger, confronter leurs perceptions, partager leurs rêves, réfléchir, démasquer certains pièges pour notre époque, mettre en lumière les progrès et espoirs qui fourmillent dans les différents milieux d’éducation et dégager les défis à relever pour notre génération.

Pour réaliser un tel programme, nous les avons invitées à correspondre entre elles un peu à la façon de certains scientifiques ou poètes au siècle dernier, laissant libre cours à ce qui pourrait émerger au fur et à mesure des réflexions de l’une et de l’autre, du dialogue entre elles.

À moi d’abord de vous les présenter :

  • Johanne vit en couple depuis 30 ans et est mère de deux jeunes adultes de 18 et 20 ans. Elle a été enseignante en maternelle au début de sa carrière pendant 7 ans, puis enseignante et chercheuse à l’université depuis environ 20 ans. Johanne est actuellement responsable du programme de troisième cycle en éducation, à la formation des maîtres, au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec en Outaouais. Actuellement en congé sabbatique, elle participe à plusieurs formations et groupes de recherche à l’international et ses champs d’intérêt concernent le développement de l’enfant, les pratiques éducatives des enseignants et les interactions enseignants-élèves dans une perspective de développement global chez l’enfant.

 

  • Josée, séparée, est mère de trois garçons de 15, 18 et 22 ans et grand-mère de trois petits-enfants, dont un décédé à la naissance. Elle est enseignante au primaire depuis 24 ans et actuellement en 1re année du primaire. Ses champs d’intérêt se portent particulièrement sur le rôle du parent dans la vie de l’enfant ainsi que sur la collaboration enseignant-parent pour favoriser la réussite de l’enfant.

 

  • Caroline et François vivent en couple depuis 23 ans et sont parents de deux enfants : un garçon de 13 ans et une fille de 9 ans ayant fait l’expérience de l’école alternative. Caroline et François sont tous deux enseignants au collégial depuis plusieurs années, elle en travail social depuis 14 ans et lui en français-littérature depuis 12 ans. Ils contribuent à divers comités de travail et de réflexion au CÉGEP sur la réussite et les méthodes pédagogiques. Caroline possède également une expérience de plusieurs années comme intervenante dans un organisme jeunesse dans le secteur communautaire. Ils s’intéressent à l’importance de ce qui est à transmettre dans l’acte d’éduquer et combien le rôle de la communauté est primordial dans le développement de l’enfant.

 

  • Sophie vit en couple et est mère de deux enfants, un garçon de 12 ans et une fille de 9 ans. Sa famille est déménagé de la France au Québec il y a maintenant six ans. Pendant 17 ans, elle a exercé la profession de sage-femme et a enseigné à l’université auprès des futurs professionnels de la naissance. Tout récemment, elle est devenue formatrice PRH dans la région de Montréal. À travers l’ensemble de son parcours, une préoccupation demeure : accompagner le lien parent-enfant depuis le tout début de la vie comme sage-femme, pédagogue et, par la suite, comme accompagnatrice avec l’école de formation PRH.

au-coeur-de-notre-societe-des-enfants-a-faire-grandirÀ vous, maintenant, de les rencontrer au fil de leur plume. Suivez les correspondances de ces éducateurs d’expérience et laissez-vous vivre, en leur compagnie, votre propre réflexion, portant ainsi, un pas plus loin, notre engagement à « faire grandir ces enfants » qui nous tiennent tant à cœur.

Bonne lecture!

Lise Simard, présidente Formation PRH inc.

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